Interview Philippe APELT - MCP : immersion au cœur des human factors


À la tête de MCP (Medical Creative Partners), Philippe APELT exerce en parallèle son activité de clinicien aux urgences de Chambéry. Une double casquette qui lui permet une vision à 360° dans et pour la création de dispositifs médicaux. Médecin techno-geek passionné, il nous plonge au cœur des human factors et de leur importance dans le processus de développement des DM.

Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

Je suis Philippe APELT et je suis médecin urgentiste. Je travaille aujourd'hui à mi-temps aux urgences de Chambéry en tant que clinicien et je suis président de MCP (Medical Creative Partners). MCP a pour but d'aider les industriels à développer des dispositifs médicaux en s'axant sur les human factors et le de-risking de l'ensemble des fonctions des dispositifs projetés et en cours de développement.

J'ai débuté l'activité de recherche en human factors avec le Dr Philippe LAURENT. Il était alors expert du développement des dispositifs médicaux au sein de Becton Dickinson. Une fonction qui l’a amené à constater l'importance et le côté indispensable de ce développement et de ces analyses human factors qui permettent de faire "bon du premier coup" quand on pense un dispositif. Il a développé cela au sein de Becton Dickinson il y a plusieurs années, avant même que la réglementation ne l'impose. Aujourd'hui la réglementation oblige ces études human factors lors du développement du dispositif.

Je connaissais bien le Dr Philippe LAURENT. À l'époque j'étais urgentiste à temps plein à Chambéry. Lors d'une discussion il m'a proposé de rejoindre son équipe pour débuter ce genre d'expertise. Au fur et à mesure de l'évolution, l'idée de créer une société qui développerait uniquement cette compétence avec un aspect réglementaire a germé.

Depuis le décès de Philippe LAURENT en 2018, je continue avec le bagage qu'il m'a laissé, je perpétue les outils qu'il a développés au cours de sa carrière pour réaliser une expertise human factor tout en maintenant mon activité d'urgentiste. Cela me permet d'être au contact de l'utilisateur et d'avoir un œil attentif sur ce qu’il est capable de faire.

On nous a parlé d’expériences scientifiques insolites ?

À la fin de mon assistanat aux urgences, j'avais besoin de voir autre chose. J'ai donc passé un an en hivernage sur une île éloignée de tout, l'île de la Possession dans l'archipel de Crozet (terres antarctiques et australes françaises). J'étais le médecin de la base scientifique. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à toucher à tout ce qui est sciences fondamentales.

J'y ai passé 12 mois au contact des scientifiques en qualité de médecin responsable de la base. Je me suis ainsi retrouvé seul responsable de santé et personnel de santé, à devoir manier tous les dispositifs et processus : pharmacovigilance, gestion de la pharmacie, matériel pharmaceutique que l'on peut avoir dans les hôpitaux en métropole… J'avais l'ensemble des casquettes ce qui m'a permis de voir les difficultés de gérer un matériel, d'assurer sa maintenance, d'assurer le fait que tout soit opérationnel tout le temps. Quand on est médecin clinicien on a toujours le matériel prêt à servir et on ne se rend pas forcément compte qu'il y a des choses compliquées en amont car elles sont réalisées par des infirmières, des pharmaciens ou des techniciens.

J'ai ensuite passé 15 mois en isolement en Antarctique sur la base de Dumond Urville avant de rentrer en métropole. Je suis arrivé aux urgences de Chambéry après quelques années passées à celles de Roanne.

Après plusieurs discussions avec Philippe LAURENT autour du matériel et des dispositifs, je savais qu'il était dans l'industrie chez l'un des leaders des dispositifs médicaux. Notre constat était le même : l'industriel gagnerait à intégrer le human factor dans sa conception. Il m'a alors parlé plus largement des human factors et je m'y suis intéressé, sachant qu'en médecine nous commencions à les intégrer dans le fonctionnement de l’équipe. Aujourd'hui nous en sommes à réaliser des simulations de cas via des équipements haute-fidélité. Mais à la différence de la simulation où l'on demande que l'équipe se plie aux exigences d'un protocole, le côté human factor permet d'adapter le protocole ou le dispositif à l'équipe.

L'idée est de modifier le design pour qu'il s'adapte à l'utilisateur et non pas de modifier l'utilisateur. J’aime définir l’apport des human factors pour un dispositif en les comparant à une bonne blague : "si on doit expliquer un dispositif, c'est qu'il n'est pas bon". Plus largement, n'importe quel objet ou logiciel est comme une bonne blague, on ne doit pas avoir à l'expliquer.

Pourquoi conservez-vous une double activité ?

Je souhaite conserver mon activité de clinicien pour avoir l'expertise de qui est l'utilisateur et celle d’un techno-geek portant un vif intérêt dans la R&D. J'ai ainsi une compréhension assez simple et rapide du besoin de l'industriel et de l'ingénieur qui est souvent loin de l'utilisateur. Cela permet d'anticiper, très souvent en amont de l’indispensable test utilisateur.

Je suis un utilisateur assez exigeant et j’aime pré-tester la solution et voir où sont les potentiels problèmes avant même d'avoir une dépense sur un prototype et de pouvoir l'améliorer avant le test. C'est une vision à 360°. L'idée est donc de garder cette compétence. Même si en ayant plusieurs compétences, il est difficile d’être parfaitement expert dans un domaine ou un autre, mes plus de 10 ans d'expérience en clinique font de moi un expert clinicien. L'apport de l'expérience du Dr Philippe LAURENT et le travail à son contact m'ont permis de développer des compétences du côté human factor.

Mes compétences sont un peu moins développées du côté réglementaire. C'est pour cela que MCP travaille en synergie avec Sandra DEJEAN de One Heath Compliance : elle assure le côté expertise réglementaire.

J'ai bien sûr des connaissances en réglementation. Je comprends les besoins de l'ingénieur qualiticien pour respecter ce côté réglementaire qui devient de plus en plus prégnant mais qui est indispensable au développement d'un dispositif conforme. Nous travaillons ensemble avec One Health Compliance et quand il y a besoin d'une expertise réglementaire, je me tourne davantage vers Sandra.

En tant que clinicien, je suis content que ce côté réglementaire, certes un peu lourd, existe. Il faut aujourd’hui que l'industriel comprenne que le réglementaire est un atout et non une contrainte à l'innovation.

Quel est votre rôle au sein de MCP ?

Je suis président de MCP, petite structure au sein de laquelle je suis seul pour être maniable et pouvoir tout driver du début à la fin. Mais je travaille en collaboration avec Sandra DEJEAN pour le côté réglementaire et avec Thiphaine LEFEBVRE experte biostatisticienne qui vient en aide technique et apporte son œil expert d'utilisateur naïf. CPP initiatives vient également en support sur des études lourdes à mettre en place.

Quelles sont les activités déclinées au sein de MCP ?

Les besoins de l'industriel et le constat de manque au niveau clinique nous ont poussé à créer MCP. MCP épaule donc l'industriel, par le biais d’un accompagnement pertinent et porteur dès le début de la conception du dispositif. Il est en effet dommage de dépenser la réalisation d’un, deux ou trois prototypes avant de se poser la question de l'utilisation et de la faisabilité des fonctions du dispositif. Parfois les dispositifs sont au stade de prototype, difficilement utilisables sauf par des experts. Mais il est tout à fait possible de le tester en interne sur un voire deux sujets. L'idée de MCP est d'accompagner ces tests dès le stade initial pour être plus rentable. Il est toutefois possible d'intégrer ces tests à tous les stades du prototype, même au stade final.

Mais attention, tester un prototype au stade finalisé et se rendre compte que sa fonction première n’est pas utilisable est vraiment dommage. On perd du temps de l'argent et on retarde la mise sur le marché du dispositif. Ce qui est intéressant est d’intégrer le human factor dès le début. C'est ce qui est demandé par la réglementation qui parle de réaliser des études itératives. Ces études ne seront pas toujours justifiées dès le départ sur un nombre important de sujets. L'exploratoire peut se faire en interne ou sur un ou deux sujets maximum.

L'accompagnement peut se faire avec l'industriel : je lui explique comment il faudrait que l'étude soit menée en l’invitant à tracer tous les changements faits par l'observation du prototype pour dire "effectivement dans mon analyse fonctionnelle j'identifie tel risque, j'observe qu'il survient trop fréquemment à mon goût donc je modifie le design pour qu'il ne survienne plus."

MCP peut proposer une étude one shot, une intervention unique pour valider. Mais cela me paraît intellectuellement moins intéressant et ça ne l'est pas forcément financièrement pour l'industriel sauf s'il a lui-même une expertise et un département human factor en interne. Il a alors simplement besoin d'un avis et d'un œil extérieur.

Je suis intéressé par le fait de rentrer dans un partenariat de développement. J’œuvre au sein de MCP parce que je trouve enrichissant de développer un produit et de comprendre la contrainte de l'ingénieur, la contrainte technique et la contrainte réglementaire tout en essayant d'assembler tout ça pour que cela tombe et avance bien.

Pouvez-vous définir les human factors et leur intérêt ?

Je vois le côté human factor avec mon œil de médecin ainsi qu’en termes réglementaires pour le côté dispositif médical. Son principe premier est de dé-risquer l'utilisation, ce qui est indispensable d'un point de vue dispositif médical.

Du côté utilisateur, l'intérêt du human factor est de valider le concept que l'on avait en tête. Un industriel, un ingénieur pense un dispositif, il le réfléchit avec à la clé plusieurs choix techniques en face de différentes fonctions.

Le choix d’une option pour une fonction est alors décidé de manière logique. Le human factor va alors nous dire si "oui ou non" il est possible de réaliser la fonction. Il va également démontrer si on y arrive facilement ou pas.

Cela va au-delà de l'ergonomie puisqu'il s'agit de dé-risquer. Il faut donc déterminer s’il est facile et agréable d’utiliser la fonction, le dispositif et si cela nécessite un effort ou non.

En faisant du human factor, on fait automatiquement de l'ergonomie. En faisant de l'ergonomie on fait de l'expérience utilisateur. A la clé du développement d'un prototype qui intègre le human factor du début à la fin, un dispositif ergonomique, agréable et utilisable en toute sécurité. En tant que médecin je trouve ça génial et du côté utilisateur je me dis "enfin quelqu'un qui a pensé à ma place et pas seulement en termes de niveau socioculturel ou économique".

Si tous les dispositifs avaient une expertise human factor et pas seulement ergonomique, le dispositif serait testé en vie réelle, au plus proche du réel avec l'utilisateur que l’on souhaite viser. Il serait alors possible de vérifier qu’il est content de l'utiliser.

En tant qu'industriel, en réalisant ce genre d'étude et un développement human factor, je m'assure que mon dispositif sera adopté. Je m'assure une pénétration importante sur le marché dès le début de la commercialisation. On peut d’ailleurs prendre plusieurs exemples d'entreprises leaders comme Apple qui fait du human factor sans le dire. C'est pour ça qu'iPhone pulvérise tous ses concurrents depuis le départ.

Et cela s’applique aussi à l’univers automobile. BMW voulait véhiculer le plaisir de conduire. La marque s’est donc mise à faire une recherche human factor et à créer un cockpit de voiture toujours identique. Qu'importe le modèle, les éléments sont faciles à trouver, même dans l'urgence. Nous sommes ainsi davantage dans le côté human factor que dans l'ergonomie.

Dans n'importe quel modèle l’utilisateur sait que le commodo ou le bouton warning est là, qu'il réagit de cette manière-là… Il est donc rassuré. Le human factor permet d'améliorer les risques d'utilisation et donc l'ergonomie. Pas répercussion, le message commercial est lui aussi amélioré.

Résultat, quand BMW se met à faire du human factor, la marque dépasse Mercedes alors leader sur le marché.

Quel est l’apport de CPPi pour MCP ?

L'intégration de CPPi se fait par exemple sur du recrutement, sur de la mise à disposition de locaux. Les études peuvent être faites dans les locaux de CPPi, de l'industriel ou au domicile du sujet quand il s’agit de prototypes. L'intérêt est d’éviter les fuites relatives au prototype et de se protéger de l'espionnage industriel.

Dans certains cas, il est possible de réaliser les tests dans un bloc opératoire ou ailleurs. Avec une bonne préparation en amont, tout est envisageable. On peut ainsi mimer dans un bloc opératoire, dans le milieu d'utilisation anticipé du dispositif pour être au plus près de l'utilisation finale et pour s'affranchir de l'ensemble des biais.

Quand MCP a rejoint CPPI et pourquoi ?

Dès la création de CPPi car David BOTTIGIOLI, co-fondateur de CPP initiatives et moi-même nous connaissions. MCP est donc devenu une branche de CPPi, un pôle d’expertise indépendant.

L’intérêt de CPPi pour MCP est de lui apporter des supports. MCP peut aussi être un support de CPPi quand le centre a besoin d'une expertise human factor sur le dispositif d'un de ses clients. MCP devient alors le support de CPPi et inversement quand MCP a besoin. CPPi en tant que CRO permet aux pôles, dont MCP, de « piocher » ce dont ils ont besoin.

Quelles sont les perspectives de cette synergie MCP/CPPi ?

Pour l’heure, l’objectif est de mener de plus en plus d’études par le biais de CPPi avec l’expertise MCP. Ce soutien réciproque est précieux pour assumer des projets toujours plus ambitieux.

Contact

MCP Dr. Philippe APELT : MCP CEO Téléphone : +33 615 47 10 04 Email : apelt@medicalcreativepartners.com www.medicalcreativepartners.com

Retrouvez les Infos et Actus CPPi sur LinkedIn.

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